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« La cuisine crée du lien » : cette guinguette solidaire prouve que bien manger ensemble change tout

Une file qui s’allonge sous la pluie, une mélodie brésilienne qui fait bouger les pieds et des assiettes pensées pour tous les régimes : le décor n’avait rien d’un simple service de restauration. Au bord de l’étang de la Gravelle, les repas ont surtout permis des retrouvailles, des discussions et quelques découvertes gourmandes. Cette journée montre qu’un événement populaire peut aussi placer la qualité, l’accueil et la solidarité au centre.

À Saint-Maden, une guinguette conçue pour rapprocher les habitants

Le dimanche 27 septembre 2026, la guinguette solidaire Oscni a pris ses quartiers à Saint-Maden, dans les Côtes-d’Armor. Pour objet social et culturel non identifié, cet événement est habituellement organisé sur la place du marché de Dinan.

Cette première édition estivale s’est tenue à 16 kilomètres au sud de la cité médiévale, au bord de l’étang de la Gravelle. L’idée était claire : faire circuler le projet dans les communes rurales alentour afin de le rendre accessible au plus grand nombre.

Selon Bruno Allera, l’un des principaux coordinateurs, Oscni se déroule habituellement en hiver autour d’une soupe solidaire. L’équipe souhaitait tester une formule d’été et espère pouvoir renouveler cette expérience dans les années à venir.

L’enjeu dépasse le repas partagé. Les événements sociaux sont encore parfois associés à une restauration rapide, peu soignée et de faible qualité. Cette guinguette a choisi de contredire cette idée en conviant des restaurateurs locaux engagés. C’est précisément ce choix culinaire qui a donné son relief à la journée.

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La réponse tient dans une cuisine locale, inclusive et réellement partagée

Le lien s’est créé autour d’une cuisine préparée par trois établissements : Ana Ana, à Plouasne, Harmonika et Colibri, tous deux liés à Dinan. Diane-Claire Mauger et Emmanuelle Spitz, du restaurant Ana Ana, ont coordonné la restauration avec Simon Durosié d’Harmonika, ainsi que Danny Wedhana et Benjamin Bernard de Colibri.

Leur démarche consistait à introduire davantage de bien-manger dans un rendez-vous social. Le résultat n’était ni élitiste ni uniforme. Les convives pouvaient choisir entre des propositions carnées et végétariennes, dans une ambiance de guinguette ouverte aux familles, aux habitués et aux personnes de passage.

La cuisine solidaire distribuait gratuitement un gaspacho de légumes d’été, en remplacement de la soupe traditionnellement servie l’hiver. Ce changement simple traduisait une logique de saisonnalité : adapter les recettes aux produits et au moment de l’année.

La carte ne se limitait pas à nourrir vite. Elle faisait une place aux préférences alimentaires et aux contraintes de chacun. Un moelleux au chocolat sans gluten était proposé, tandis qu’une option végan pouvait être préparée à la demande. Pour Diane-Claire Mauger, il fallait que chacun puisse trouver sa place dans l’événement. Mais cette ouverture repose aussi sur des choix concrets en cuisine.

Ce que les visiteurs pouvaient manger et payer sur place

Le menu associait recettes de street food, produits locaux et options adaptées à différents publics. Il proposait des plats généreux, faciles à manger lors d’un concert ou autour des longues tables en bois installées sous la tonnelle.

  • Pain pita au poulet grillé, pour une option carnée simple et conviviale.
  • Baos au porc effiloché, servis dans ces petits pains asiatiques cuits à la vapeur.
  • Arancini au sarrasin et aux pleurotes, une proposition végétarienne qui mettait à l’honneur les céréales et les champignons.
  • Gaspacho aux légumes d’été, offert par la cuisine solidaire.
  • Moelleux au chocolat sans gluten, afin d’élargir l’accès au dessert.
  • Cookies et far aux pommes, prévus pour le goûter après le service.
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La participation financière était elle aussi pensée pour rester accessible. Chaque client pouvait choisir son niveau de contribution selon ses possibilités et son envie de soutenir le projet.

Type de prixMontantPrincipe
Prix solidaire5 €Une formule d’accès à petit prix
Prix conscient7 €Une participation intermédiaire
Prix de soutien12 €Un montant pour apporter davantage de soutien

Cette tarification ne réduit pas la cuisine à un produit. Elle transforme le repas en geste collectif, sans imposer le même effort à tous. Reste à comprendre pourquoi ce modèle s’accordait si bien avec les acteurs présents.

Le circuit court donne une cohérence concrète à la solidarité

Oscni a été organisé en grande partie par l’Esat 4 Vaulx-Jardin de Corseul. Un Esat est un établissement et service d’accompagnement par le travail. Sa participation ancre l’événement dans une démarche solidaire, populaire et inclusive.

Le programme ne se limitait pas aux stands de restauration. Plusieurs concerts étaient prévus, ainsi qu’un spectacle de danse conçu pour effacer les barrières liées au handicap. Un marché de producteurs locaux complétait la journée.

La scène illustrait cette volonté de mélange. Pendant que les commandes sortaient sous la tonnelle, un premier groupe s’installait et jouait une musique brésilienne. La pluie n’a pas empêché l’attente : certains visiteurs restaient à l’abri, d’autres la bravaient, tandis que familles et anciennes connaissances se retrouvaient.

Pour Diane-Claire Mauger, le bien-manger et la solidarité ont vocation à se rejoindre. Ana Ana travaille déjà avec l’Esat pour le maraîchage. Celui-ci fournit plusieurs magasins bio des environs, ce qui crée un lien concret entre la production locale, les commerces et les cuisines.

Le circuit court ne relève donc pas seulement d’un affichage. Il permet de mettre en avant les producteurs, de valoriser le maraîchage et de rapprocher celles et ceux qui cultivent, préparent et mangent. À cela s’ajoute un détail essentiel : la qualité de l’accueil.

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Les gestes simples qui font d’un repas un espace d’inclusion

La force de cette guinguette tient aussi à des choix modestes, mais décisifs. Proposer plusieurs régimes alimentaires évite de placer certains visiteurs à l’écart. Offrir un gaspacho et laisser chacun choisir entre 5 €, 7 € ou 12 € réduit la pression financière sans effacer la valeur du travail réalisé.

L’accueil compte autant que le menu. La cheffe d’Ana Ana défend habituellement une cuisine de circuit court et une attention chaleureuse à chaque personne qui entre dans son restaurant. À Saint-Maden, elle résumait l’esprit du lieu par une formule parlante : la même hospitalité, mais sans porte.

Les longues tables en bois, la musique et le marché de producteurs créent aussi des occasions de rester sur place. On ne vient plus seulement chercher un plat. On attend, on écoute, on retrouve des visages connus et l’on découvre le travail des bénévoles, des artistes et des cuisiniers.

Cette dimension collective explique l’énergie observée pendant le service. Vers 15 heures, les applaudissements ont résonné lorsque les chefs et les bénévoles sont enfin venus à bout de la longue file d’attente. Pourtant, la journée n’était pas tout à fait terminée.

Ce qu’il ne faut pas confondre avec une simple restauration événementielle

Une guinguette solidaire ne consiste pas à servir des plats sans exigence sous prétexte qu’ils sont accessibles. L’expérience de Saint-Maden montre au contraire qu’un événement populaire peut réunir pain pita, bao, arancini, pâtisserie sans gluten et possibilité d’adaptation végan.

Il ne faut pas non plus opposer cuisine locale et diversité culinaire. Le gaspacho, les baos ou les arancini composent une carte variée, tandis que le maraîchage de l’Esat et le marché de producteurs rappellent l’importance des filières de proximité.

Après la pause des équipes, il restait d’ailleurs les cookies et le far aux pommes à sortir pour le goûter. Quand le repas devient un prétexte à accueillir chacun, il laisse une trace bien plus durable qu’une simple assiette terminée.

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