Au Ghana, un simple paquet de pâtes peut raconter une histoire bien plus large. Celle d’un pays qui veut reprendre la main sur ce qu’il mange. Et derrière cette ambition se dessine une stratégie économique forte, marquée par de nouveaux investissements et des choix politiques assumés.
Une usine de pâtes au cœur d’une nouvelle dynamique
Le 5 mars, un moment symbolique a eu lieu à Accra. Le président ghanéen, John Dramani Mahama, a inauguré une grande usine de fabrication de pâtes. Un geste fort, car cette infrastructure marque l’un des premiers pas visibles de son programme de relance agricole et industrielle.
Ce site a été développé grâce à un investissement de 40 millions de dollars, soit environ 35 millions d’euros, réalisé par Olam Agri, un acteur majeur de l’agroalimentaire basé à Singapour. Selon les projections, cette usine devrait générer 300 emplois directs. Cela compte, surtout dans un pays où chaque opportunité professionnelle pèse lourd.
Le président l’a rappelé simplement. Les politiques publiques n’ont de sens que lorsqu’elles produisent des usines, des emplois et des résultats concrets sur le terrain.
Une capacité de production qui change la donne
Lors de l’inauguration, la ministre du commerce et de l’industrie, Elizabeth Ofosu-Adjare, a pris la parole pour souligner un point essentiel. La nouvelle usine pourra produire 66 000 tonnes de pâtes par an. Ce chiffre n’est pas anodin. Il vise directement à réduire la facture des importations de pâtes, encore très élevée.
Pour un pays de 35 millions d’habitants, cette capacité représente un vrai levier. Le Ghana dépend encore fortement de l’étranger pour des biens essentiels comme le riz, le blé ou les pâtes. Rien que pour le riz, la moitié de la consommation provient de l’importation.
Une dépendance alimentaire jugée trop élevée
Ce chantier s’inscrit dans un panorama plus large. À l’échelle du continent, la Banque africaine d’import-export a publié fin 2024 un rapport alarmant. Elle y évoque une dépendance croissante aux ressources alimentaires extérieures, qualifiée d’inquiétante.
Pour le Ghana, la production locale de pâtes devient donc bien plus qu’un projet industriel. C’est un acte stratégique. Produire plus à domicile, pour dépendre moins de l’extérieur. Et pour amortir les fluctuations des prix mondiaux qui pèsent souvent sur les ménages africains.
La loi sur l’économie « 24 heures sur 24 » : un signal politique fort
Autre élément marquant, mentionné par le président Mahama. Le 6 février, le Parlement a adopté la loi instaurant une économie 24 heures sur 24. Cette réforme constitue l’une des promesses majeures de sa campagne.
L’objectif est clair. Encourager l’activité économique à toute heure, soutenir les entreprises et créer davantage d’emplois. La nouvelle usine entre parfaitement dans ce cadre. Elle symbolise la volonté de bâtir un tissu productif plus solide, capable de fonctionner en continu.
Vers une souveraineté alimentaire plus assumée
En misant sur des infrastructures locales, le Ghana renforce progressivement sa capacité à nourrir sa population sans dépendre des importations. Les pâtes ne sont qu’un exemple, mais elles représentent une porte d’entrée vers une vision plus large. Celle d’un pays qui veut maîtriser ses ressources et construire une économie plus stable.
En observant ce mouvement, une question se pose. Cette usine sera-t-elle le premier maillon d’une série d’initiatives permettant au Ghana de réduire durablement ses importations alimentaires ? Les prochains mois permettront d’y voir plus clair, mais la direction prise est affirmée.
Ce qui est certain, c’est qu’en ouvrant cette usine, le Ghana envoie un message clair. La souveraineté alimentaire ne se décrète pas. Elle se construit, tonne par tonne, emploi par emploi, initiative après initiative.




