Dans le Golfe, les prix des aliments grimpent. Le blocage du détroit d’Ormuz et les menaces dans le ciel ont bouleversé les routes commerciales. Vous le sentez peut‑être déjà dans votre panier. Et la région doit maintenant se tourner vers les convois routiers pour garder les rayons remplis.
Un détroit stratégique presque fermé
Depuis le 28 février, la guerre déclenchée par l’offensive israélo‑américaine sur l’Iran a presque paralysé le détroit d’Ormuz. Ce passage est pourtant vital pour l’approvisionnement de la région. Les ports des Émirats arabes unis, du Qatar, du Koweït et de Bahreïn ont dû suspendre ou réduire fortement leurs activités.
Le transport aérien ralentit lui aussi. Les attaques quotidiennes de drones et de missiles iraniens rendent les vols trop risqués. Résultat : les deux grandes portes d’entrée du Golfe, la mer et les airs, sont presque fermées.
Des rayons encore garnis, mais des prix qui grimpent
À Bahreïn, les supermarchés restent fournis. Pourtant, les effets du blocage se font sentir à la caisse. La viande, par exemple, a presque doublé de prix. Pour les familles, cela devient difficile.
Les produits frais sont les premiers touchés. Beaucoup viennent d’Asie. Ils ne peuvent pas être stockés longtemps et dépendent d’un transport rapide. La situation se complique donc de jour en jour.
Les pays du Golfe cherchent des solutions terrestres
Avec la mer et le ciel bloqués, la région se tourne vers la route. Les navires redirigent leurs cargaisons vers les ports situés au sud du détroit, notamment à Oman. De là, un vaste réseau de camions prend le relais.
L’Arabie saoudite joue un rôle central. Son espace aérien reste ouvert et ses ports de la mer Rouge fonctionnent normalement. Le pays met en place de nouveaux corridors logistiques pour absorber les conteneurs détournés des ports du Golfe.
À la frontière saoudo‑qatarie, un flot continu de poids lourds a été observé. Mais ces routes alternatives ne suffisent pas toujours. Elles sont plus chères, saturées et souvent trop lentes pour compenser la paralysie des voies habituelles.
Des pays inégaux face à la crise
Certains États du Golfe sont mieux préparés. Les Émirats arabes unis affirment disposer de quatre à six mois de stocks. Le Qatar a renforcé ses réserves stratégiques après le blocus de 2017. L’Arabie saoudite profite de son accès direct à la mer Rouge.
Bahreïn et le Koweït, en revanche, subissent déjà des hausses importantes. Le Koweït a gelé les prix de certains produits de base, mais le ministère du Commerce reconnaît une hausse de plus de 30 % pour la viande et le poisson. La pêche est suspendue dans le Golfe et les importations depuis l’Iran, l’Inde et le Pakistan sont à l’arrêt.
Les distributeurs tentent de résister
Le secteur privé s’organise pour limiter les dégâts. La chaîne Lulu, présente avec 280 supermarchés, maintient quatre à six mois de stocks pour les produits non périssables. Elle a affrété des vols spéciaux pour importer fruits, légumes, viande, poisson et volaille.
- 37 vols affrétés
- 6 000 tonnes de produits importés
Pour l’instant, ces surcoûts ne sont pas répercutés sur les clients. Mais l’équilibre reste fragile.
Un risque réel d’explosion des prix
Selon l’économiste Frédéric Schneider, la région tient encore. Les stocks existent et les prix restent sous contrôle. Mais si la guerre se prolonge, le risque est clair : une flambée des prix des produits importés, surtout alimentaires.
Les pays du Golfe doivent donc improviser. Routes surchargées, ports détournés, vols spéciaux. Tout est mis en place pour éviter les pénuries. Mais combien de temps cela pourra‑t‑il durer ?




