Fruits et légumes frais : pourquoi la consommation peine à repartir malgré les efforts de la filière

Les rayons débordent de couleurs et de fraîcheur, mais la réalité est tout autre lorsque l’on observe les paniers des Français. Malgré une image très positive et un intérêt affiché, la consommation de fruits et légumes frais continue de reculer. Une contradiction qui intrigue, d’autant que la filière multiplie les initiatives pour inverser la tendance. Pourquoi les achats ne redémarrent-ils pas alors que tout semble réuni pour séduire le consommateur ?

Un paradoxe préoccupant pour la filière

La situation interroge, car la confiance envers les fruits et légumes frais reste très forte. D’après le baromètre Interfel/CSA publié en février 2026, 92 % des Français déclarent faire confiance à ces produits. Ce score, élevé et stable, pourrait laisser croire à une consommation en progression. Pourtant, les volumes achetés diminuent année après année.

Entre 2014 et 2024, les quantités de fruits frais ont reculé de 13 %, et celles de légumes frais de 9 %. Dans le même temps, les dépenses ont augmenté sous l’effet de l’inflation alimentaire de 2022 et 2023. Les Français achètent donc moins, mais pour plus cher. Les données du CTIFL montrent également une baisse du nombre d’actes d’achat et du volume acheté par passage.

Un léger sursaut a été observé en 2025 : + 3 % en volume, principalement grâce à une hausse de la fréquence d’achat. Mais cette embellie est surtout portée par les seniors, déjà acquis à ces produits. Chez les moins de 50 ans, les comportements restent atones. Et les moins de 35 ans sans enfant affichent un indice de consommation de seulement 55 par rapport à la moyenne nationale.

Ce constat interpelle d’autant plus que les projections du CTIFL montrent que cette tendance, si elle continue, pourrait être lourde de conséquences. Une autre raison de comprendre quelles dynamiques freinent réellement cette consommation.

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Des projections contrastées qui obligent à se mobiliser

Le CTIFL a imaginé deux scénarios pour les dix prochaines années. Si rien ne change, la filière pourrait perdre jusqu’à 700 000 tonnes de ventes d’ici 2035 par rapport à la période 2016-2017. Cela représenterait une baisse de 15 % des volumes. À l’inverse, un scénario plus optimiste estime qu’une hausse de seulement 8 % des quantités achetées pourrait générer un gain de 400 000 tonnes.

Ces prévisions tiennent compte de facteurs déterminants comme le ralentissement démographique ou la marge de progression par rapport aux recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS). Elles montrent surtout qu’une transformation est possible, mais qu’elle demande d’activer plusieurs leviers simultanément.

C’est précisément l’objectif de l’étude Kantar menée auprès de 855 ménages entre octobre 2022 et octobre 2024. Elle met en lumière les éléments qui influencent réellement les achats. Pour relancer la consommation, encore faut-il savoir où agir.

Ce qui influence vraiment les achats de fruits et légumes

L’étude Kantar révèle un élément central : l’usage des fruits et légumes est le facteur le plus déterminant. Il représente à lui seul 25 % des variations des achats. Les ménages qui savent cuisiner ces produits de manière variée et polyvalente les consomment davantage. À l’inverse, ceux qui les jugent peu pratiques se tournent vers les conserves ou les surgelés, particulièrement dans les familles.

La capacité de l’offre à répondre aux attentes arrive juste derrière. La qualité, la fraîcheur, la largeur de gamme ou encore la profondeur d’offre représentent 17 % de l’impact, à égalité avec le plaisir associé à ces produits. Et la diversité des choix — bio, antigaspi, produits à maturité — compte pour 15 %. Enfin, l’existence d’alternatives comme les surgelés ou les conserves pèse à hauteur de 10 %.

Un constat important complète ces données : lorsque les produits ne procurent pas de plaisir, la consommation recule. Kantar chiffre à 133 000 tonnes les volumes perdus de 2022 à 2024 pour des raisons organoleptiques. À l’inverse, associer ces produits à une expérience agréable a permis un gain de 51 000 tonnes.

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Ces résultats montrent que le plaisir, la praticité et la qualité jouent un rôle majeur. Mais comment traduire cela en actions concrètes ?

Des leviers d’action concrets pour relancer la consommation

Les ateliers prospectifs menés par le CTIFL ont permis d’identifier des axes prioritaires. L’un d’eux consiste à conquérir de nouveaux moments de consommation : apéritif, goûter, repas nomades. D’autres pistes concernent les formats portionnables ou les offres croisées en rayon, comme des kits réunissant fruits, légumes et assaisonnements pour une recette complète.

Le développement du plaisir occupe également une place centrale. L’éducation au goût, par exemple dans les événements sportifs, peut multiplier les occasions de découverte. Associer les fruits et légumes à des plats populaires comme les soupes, les pizzas, les pâtes cuisinées ou les sandwichs constitue un levier puissant, car ces plats font déjà partie du quotidien.

Le prix, quant à lui, joue un rôle bien plus modéré qu’on pourrait le penser. Il n’explique que 4 % des variations d’achat. Le CTIFL note même que le prix psychologique de nombreux produits est supérieur au prix réellement payé. En revanche, les consommateurs renoncent lorsqu’ils ne comprennent pas les variations du prix dans le temps ou selon les enseignes.

Une meilleure information pourrait donc améliorer l’acceptabilité. Une majorité de Français se disent intéressés par une double indication du prix — à la pièce et au kilo — ou encore par une signalétique plus claire sur l’origine française et la saisonnalité. Autant d’éléments qui peuvent rassurer et faciliter l’acte d’achat.

Mais si la filière doit agir, elle attend aussi un soutien politique cohérent. Les crédits européens du programme « Fruits à l’école », par exemple, ne sont pas entièrement utilisés en raison de lenteurs administratives, comme le rappelait Daniel Sauvaitre au Salon de l’Agriculture. Une inconnue persiste : celle de l’impact du retour de l’inflation liée à la crise pétrolière, qui rend l’intervention encore plus urgente.

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Quels produits ont tiré leur épingle du jeu en 2025 ?

Malgré les difficultés générales, certains fruits et légumes ont fortement progressé en 2025. Ces évolutions révèlent des tendances de fond.

La patate douce affiche une hausse impressionnante de 24,4 % en un an. Elle reste marginale avec 1,7 % des volumes, mais son succès dit beaucoup : douceur, exotisme et praticité séduisent. Le concombre (+ 16,4 %) et la courgette (+ 9,4 %) confirment également leur dynamique.

La banane, avec 18,4 % des volumes, dépasse désormais la pomme (14,4 %) et l’orange (10,8 %). Sa stabilité, sa praticité et son prix perçu en font un incontournable. La mangue réalise la plus forte progression (+ 35,8 %), même si elle ne pèse encore que 1,1 % des quantités. Elle illustre un appétit croissant pour les produits exotiques.

L’avocat se hisse dans le top 6 des fruits les plus consommés avec 5,5 % des volumes et une progression de 23,2 % en un an. Le kiwi suit avec + 9,8 %. À l’inverse, la poire, l’ananas et le pomelo reculent.

Ces évolutions montrent que les consommateurs sont sensibles à l’exotisme, à la praticité et au goût. Mais certains obstacles freinent encore un redémarrage global.

Les freins persistants à éviter pour relancer la dynamique

Le premier écueil concerne la perception de praticité. Beaucoup de ménages considèrent les fruits et légumes frais comme difficiles à préparer ou peu adaptés aux repas rapides. Cette croyance détourne vers les conserves ou les surgelés, perçus comme plus simples.

Un autre frein provient de la compréhension du prix. Lorsque les variations paraissent inexplicables, l’achat recule, même si l’augmentation réelle est faible. Le manque d’information sur l’origine ou la saisonnalité contribue aussi à cette hésitation.

Enfin, la déception gustative reste un facteur majeur. Des produits qui ne répondent pas aux attentes génèrent une perte directe de volumes, comme l’a montré la baisse de 133 000 tonnes en deux ans. Valoriser la qualité organoleptique est donc essentiel.

Le moment semble propice pour renforcer la pédagogie autour des produits frais, car chaque achat délaissé éloigne davantage du scénario dynamique envisagé pour 2035.

Comprendre ces mécanismes offre une feuille de route claire : renforcer le plaisir, simplifier l’usage et améliorer l’information. Ce sont ces leviers, bien plus que le prix, qui ouvriront la voie à une consommation durablement relancée.

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Léa Merlat
Léa Merlat

Léa Merlat est rédactrice culinaire installée en Vendée depuis 2014. Après plusieurs années passées aux côtés de producteurs locaux et de mareyeurs du littoral atlantique, elle se consacre à la cuisine de saison avec des produits accessibles. Formée à la conserverie artisanale et passionnée par les recettes du terroir vendéen, elle teste chaque recette au moins deux fois avant de la publier. Elle écrit aussi sur le jardinage potager, les astuces maison et l'alimentation au quotidien. Son objectif : proposer des contenus pratiques et fiables, pour que chacun puisse cuisiner simplement avec ce qu'il a sous la main.