La cuisine thaïlandaise fait rêver avec ses parfums puissants et ses plats emblématiques. Pourtant, une étude récente rappelle une réalité moins connue. Derrière les saveurs douces et épicées, cette gastronomie cache souvent beaucoup de sucre et de sel. Ces apports dépassent largement les seuils recommandés et inquiètent désormais les autorités sanitaires du pays.
Une cuisine savoureuse… mais très riche en sucres cachés
Le succès des plats thaïlandais repose sur un équilibre subtil. Sucré, salé, acide, épicé, tout se mêle. Mais cette harmonie a un prix. Un pad thaï authentique pour deux personnes peut contenir six cuillères à soupe de sucre roux, soit environ 72 grammes. Avant même l’ajout de la sauce de poisson, de la sauce soja ou du tamarin.
À titre de comparaison, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande de ne pas dépasser 25 grammes de sucre par jour. Un seul plat dépasse donc largement cette limite.
Un pays qui consomme quatre fois la dose maximale recommandée
Le constat national est encore plus frappant. Alors que l’OMS fixe la limite à 6 cuillères à café de sucre par jour, les Thaïlandais en consomment en moyenne 88 grammes, soit environ 22 cuillères à café. Cette différence montre un écart profond entre les habitudes culinaires locales et les recommandations de santé.
Dans de nombreux commerces, quatre niveaux de sucre sont proposés, de 25 à 100%. Le niveau 100% est généralement considéré comme normal. Pour tenter d’inverser la tendance, le ministère de la Santé a lancé en janvier 2026 la campagne « Normal Sweetness = 50% », qui vise à faire passer la norme par défaut de 100 à 50%. Quatre grands groupes, dont Café Amazon et CP All, soutiennent déjà cette initiative. L’objectif reste progressif, sans contrainte directe pour les restaurateurs.
Une consommation de sel tout aussi problématique
Le sucre n’est pas le seul défi. La consommation de sel dépasse elle aussi largement les limites recommandées. En Thaïlande, l’apport quotidien moyen en sodium atteint 3 650 mg, soit presque le double des 2 000 mg préconisés par l’OMS.
Les responsables sont bien identifiés. Les nouilles instantanées arrivent en tête, avec une contribution moyenne de 971 mg de sodium par jour. Elles sont suivies par les conserves prêtes à consommer et les assaisonnements de table. Ce sel caché représente un vrai problème de santé publique.
Les conséquences sont déjà visibles : hypertension, maladies cardiovasculaires et insuffisance rénale chronique. Le budget consacré aux dialyses pour 2025 atteint 17 milliards de bahts. Les projections sont préoccupantes. Sans changement, le nombre de patients pourrait être multiplié par quatre ou cinq dans les dix prochaines années.
Face à cela, les autorités envisagent une taxe sur le sel et affichent un objectif clair : réduire la consommation de sodium de 30% d’ici fin 2026.
Des recommandations américaines qui alimentent le débat
La publication des nouvelles directives alimentaires américaines pour 2026, surnommées la « pyramide inversée », ajoute une nuance internationale au débat. Ce régime met en avant la viande rouge, le beurre et les fromages gras, soit environ le double des standards de l’OMS pour les protéines animales.
Le Bureau thaïlandais de la Nutrition a réagi rapidement. Il met en garde contre les risques cardiaques et rénaux associés à ce modèle et recommande de suivre le « Drapeau nutritionnel » local. Celui-ci encourage les légumes, les céréales et les protéines maigres.
Ces critiques sont fondées sur le plan médical. Mais elles semblent paradoxales dans un pays où la population consomme déjà quatre fois la dose maximale de sucre recommandée par jour.
Vers une transition alimentaire plus équilibrée
La Thaïlande fait donc face à un défi majeur. Comment préserver son identité culinaire tout en réduisant les excès de sucre et de sel ? Les campagnes actuelles montrent une volonté réelle d’agir. Reste à savoir si les habitudes suivront. Le chemin semble long, mais les enjeux pour la santé publique sont considérables.




