La discussion entre la CTM et les pêcheurs martiniquais revient au centre du débat. Elle touche à une question sensible : comment financer correctement une filière déjà fragilisée et indispensable à l’autonomie alimentaire de l’île ? Le contraste entre les attentes de la profession et les moyens annoncés a créé de la tension. Pourtant, un dialogue s’ouvre et pourrait changer la donne.
Une subvention accordée, mais loin des attentes du secteur
Le 26 février, la Collectivité territoriale de Martinique a validé une subvention de 165 000 euros pour le comité régional des pêches et des élevages marins. Le montant reste cependant inférieur à la demande initiale, qui s’élevait à 243 000 euros.
Cette décision a provoqué une vive réaction chez les professionnels. Le président du comité régional, Jean‑Michel Cotrebil, a exprimé son mécontentement. Pour lui, cette baisse des moyens crée un décalage entre les ambitions affichées pour l’autonomie alimentaire et les ressources réellement accordées.
Selon lui, réduire la subvention revient à fragiliser une structure clé alors que la filière pêche joue un rôle stratégique dans l’économie et la sécurité alimentaire du territoire.
Une réunion pour apaiser les tensions et clarifier les engagements
Face aux inquiétudes exprimées, une rencontre a eu lieu le jeudi 5 mars entre les représentants de la profession et la CTM. Cette réunion a permis de poser les bases d’un dialogue plus constructif.
Jean‑Michel Cotrebil y a rappelé les efforts entrepris par le comité pour assainir sa gestion. Il indique que les services de la collectivité ont reçu instruction d’avancer rapidement sur le mandatement de la subvention. Selon ses propos, la signature finale devrait intervenir dans les prochains jours ou semaines.
De son côté, le président du conseil exécutif, Serge Letchimy, a tenu à replacer cette aide dans une perspective plus large. Il a rappelé l’évolution des subventions ces dernières années :
- 180 000 euros en 2018, 2019 et 2020
- 186 000 euros en 2021
- 180 000 euros en 2022
- 241 000 euros en 2023
- 165 000 euros en 2024 et 2025
Il souligne également que la CTM ne peut être la seule à contribuer au fonctionnement du comité régional des pêches. Selon lui, l’État doit aussi jouer son rôle dans un domaine qui relève de ses compétences.
À l’issue de la réunion, un engagement a été pris : la CTM versera rapidement le complément prévu pour l’année 2025.
Une filière fragilisée par de nombreuses difficultés
Au‑delà du débat budgétaire, cette rencontre a mis en lumière la réalité quotidienne du secteur. Serge Letchimy a rappelé plusieurs obstacles majeurs :
- une baisse du nombre de pêcheurs
- des conditions de travail difficiles
- des vols répétés de moteurs, un phénomène qui pèse lourdement sur la profession
La CTM affirme investir pour améliorer les infrastructures. Environ 4 millions d’euros ont été engagés pour moderniser les APIT, notamment à Sainte‑Marie, Fond‑Lahaye et au Robert. Plusieurs millions sont également consacrés chaque année à l’entretien des équipements.
Vers un renforcement du rôle de la pêche dans l’autonomie alimentaire ?
Malgré ces investissements, la question reste sensible. Le président du conseil exécutif reconnaît que les moyens actuels ne permettent pas encore de transformer la production locale en profondeur. Il estime que les marins‑pêcheurs n’ont pas aujourd’hui la capacité financière ou matérielle d’augmenter massivement leurs volumes.
Le renouvellement de la flotte, les contraintes européennes et les difficultés économiques freinent encore la progression. Pour avancer, la CTM souhaite renforcer la coopération avec la profession. Elle prévoit notamment de solliciter davantage l’État et les fonds européens, et d’organiser des assises de la mer et de la pêche.
L’objectif est clair : redynamiser la filière, attirer de nouveaux pêcheurs et contribuer davantage à l’autonomie alimentaire de la Martinique. Le dialogue engagé pourrait donc marquer une étape importante pour l’avenir du secteur.




