Cadmium : l’Anses recommande de réduire les seuils dans les fertilisants et les aliments

Le cadmium reste un contaminant invisible, mais bien présent dans notre quotidien. Les nouvelles données publiées par l’Anses montrent que l’excès d’exposition concerne aujourd’hui une part importante de la population française. Cette situation inquiète les experts, car les effets sur la santé apparaissent même à faible dose. L’agence appelle à des actions rapides sur les fertilisants et invite aussi les consommateurs à revoir certains choix alimentaires.

Pourquoi le cadmium inquiète autant les experts

Le cadmium est classé CMR, c’est‑à‑dire cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction. Il est reconnu comme cancérogène certain pour le poumon en milieu professionnel, et il est suspecté de favoriser d’autres cancers comme ceux du pancréas, de la vessie, de la prostate ou encore du sein. Même lorsque l’exposition est faible mais prolongée, ce métal lourd peut provoquer des atteintes rénales pouvant évoluer vers une insuffisance, ainsi qu’une fragilité osseuse augmentant le risque d’ostéoporose et de fractures. D’autres effets existent aussi, notamment sur le neurodéveloppement et le système cardiovasculaire.

Une sur‑imprégnation en forte hausse en France

Depuis quinze ans, l’Anses observe une surexposition croissante au cadmium. Selon l’agence, la cadmiurie, c’est‑à‑dire la concentration urinaire en cadmium, est aujourd’hui trois à quatre fois plus élevée chez les Français que dans d’autres pays européens ou aux États‑Unis. La demi‑vie biologique du cadmium, comprise entre 10 et 30 ans, explique sa tendance à s’accumuler dans l’organisme.

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La part de la population dépassant la valeur toxicologique de référence a fortement augmenté : elle est passée de 3,7% en 2006‑2007 à 47,7% en 2014. Les modélisations pour 2025 montrent que les dépassements persistent :

  • 36% des enfants de moins de 3 ans
  • 23% à 27% des 3 à 17 ans contre 14% en 2011
  • 1,4% à 1,7% des adultes contre 0,6% en 2011

L’alimentation, source majeure d’exposition

L’Anses a étudié toutes les voies d’exposition : air, eau, sol, poussières, cosmétiques ou tabagisme. Résultat : pour les non‑fumeurs, jusqu’à 98% de l’imprégnation provient de l’alimentation. Le tabac ajoute néanmoins une source supplémentaire pour les fumeurs.

Le cadmium est naturellement présent dans les sols. Il pénètre facilement dans les racines des végétaux, et se retrouve ensuite dans toute la chaîne alimentaire. En France, les matières fertilisantes représentent en moyenne plus de 80% des apports en cadmium aux sols agricoles. Les principales sources sont :

  • 55% : engrais minéraux phosphatés
  • 25% : effluents d’élevage
  • 5% : boues et composts

L’agriculture biologique n’est pas épargnée. Les engrais minéraux phosphatés sont parfois autorisés en bio lorsqu’ils proviennent de roche naturelle, qui peut elle‑même contenir du cadmium.

Les recommandations de l’Anses pour les fertilisants

Pour réduire la contamination des sols, l’Anses demande l’application rapide d’une valeur limite stricte : 20 mg de cadmium par kilogramme de P₂O₅ dans les engrais phosphatés. Aujourd’hui, les seuils réglementaires sont plus élevés : 60 mg/kg P₂O₅ au niveau européen et 90 mg/kg P₂O₅ en France.

Ce seuil permettrait de respecter un flux d’apport de 2 g/ha/an de cadmium dans les sols. L’agence recommande aussi de mentionner clairement la teneur en cadmium sur les étiquettes des engrais.

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Pour réduire les apports, deux pistes sont mises en avant :

  • utiliser des roches phosphatées pauvres en cadmium
  • mettre en place des procédés de décadmiation

Selon l’Anses, ces opérations entraînent des surcoûts limités par rapport au fardeau sanitaire lié au cadmium.

L’agence propose aussi d’améliorer la connaissance du cadmium dans les effluents d’élevage et dans les boues de stations d’épuration, et d’explorer des solutions de remédiation. Elle encourage enfin des pratiques agricoles mieux adaptées : ajustement des apports, recours à des variétés végétales moins accumulatrices, ou techniques permettant de mobiliser le phosphore déjà présent dans les sols.

Ce que les consommateurs peuvent faire

Une partie de la réduction de l’exposition passe par les habitudes alimentaires. L’agence rappelle que le respect des repères nutritionnels du PNNS peut contribuer à diminuer l’imprégnation. Elle recommande notamment de limiter les produits à base de blé sucrés ou salés :

  • céréales du petit‑déjeuner
  • gâteaux
  • biscuits

L’Anses conseille aussi d’intégrer davantage de légumineuses à la place des aliments à base de blé comme les pâtes. À noter : le chocolat ne représente que moins de 3% de l’exposition, tous âges confondus. Il n’est donc pas un contributeur majeur.

À moyen terme, l’agence recommande aussi de revoir les teneurs maximales autorisées en cadmium dans les aliments les plus contributeurs, afin de réduire l’exposition globale, quelle que soit leur origine.

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Léa Merlat
Léa Merlat

Léa Merlat est rédactrice culinaire installée en Vendée depuis 2014. Après plusieurs années passées aux côtés de producteurs locaux et de mareyeurs du littoral atlantique, elle se consacre à la cuisine de saison avec des produits accessibles. Formée à la conserverie artisanale et passionnée par les recettes du terroir vendéen, elle teste chaque recette au moins deux fois avant de la publier. Elle écrit aussi sur le jardinage potager, les astuces maison et l'alimentation au quotidien. Son objectif : proposer des contenus pratiques et fiables, pour que chacun puisse cuisiner simplement avec ce qu'il a sous la main.