Un burger sombre, cuit dans les flammes et imaginé comme un repas de survie : l’idée ne passe pas inaperçue. Derrière cette création radicale se cache une recherche précise sur les produits sauvages, les textures et la cuisson sans électricité. Elle vient d’offrir à un food-truck des Deux-Sèvres une place remarquée parmi les meilleurs burgers français.
Pour son premier essai dans ce concours national, le cuisinier a choisi de sortir des codes habituels. Son résultat donne envie de comprendre ce qui se cache réellement dans cette recette baptisée Black-out.
Pourquoi ce burger des Deux-Sèvres se distingue dans un concours très suivi
Le burger est souvent associé à une viande grillée, du cheddar fondu, des sauces généreuses et un pain moelleux. Pourtant, dans les concours de cuisine, ce format devient un terrain d’expression technique. Il faut séduire en quelques bouchées tout en proposant une idée cohérente.
La Coupe de France du burger by Socopa met précisément les professionnels au défi de revisiter ce classique. En 2026, lors de la 11e édition, les candidats ont dû s’inscrire dans une contrainte forte : réaliser leur burger sans recourir à l’énergie.
Cette règle change tout. La conservation, la cuisson, les garnitures et même le choix des sauces doivent être pensés autrement. Un feu de bois peut remplacer certains équipements, mais impose aussi une maîtrise du brasier, de la température et du temps de cuisson.
Dans les Deux-Sèvres, Benoit Kaldonski, cuisinier-gérant du restaurant Le QG à Niort, a lui aussi de nouveau intégré le top 100 national avec son burger C6. Mais un second professionnel du département s’est glissé dans le classement : Jérémie Cordon, du food-truck JCooking à Usseau. Son approche était encore plus singulière.
Le cuisinier a construit son burger comme si les ressources modernes avaient disparu. Reste à voir comment cette vision postapocalyptique prend forme entre le feu, les plantes et les ingrédients déshydratés.
Le Black-out, un burger postapocalyptique cuit au feu de bois
La recette de Jérémie Cordon s’appelle Black-out. Le nom évoque une panne générale, un monde sans réseau ni prise électrique. Son concept repose sur des produits provenant directement de la nature, complétés par certains ingrédients déshydratés.
Le cœur du burger est un steak haché mariné à l’ail des ours. Cette plante sauvage, connue pour ses notes proches de l’ail, apporte une puissance végétale qui relève la viande sans la masquer. Elle donne aussi une identité très différente d’un assaisonnement classique.
Le Black-out ne se limite pas à un steak. Jérémie Cordon y ajoute une galette de haricots noirs et de trompettes-de-la-mort. Les haricots donnent une texture dense et nourrissante. Les trompettes-de-la-mort, champignons au goût boisé, renforcent la dimension sombre du plat.
La salade est remplacée par des orties pilées. Une fois correctement préparées, les orties offrent une saveur végétale et une texture qui rappelle les légumes-feuilles. Le fromage est lui aussi détourné : il s’agit d’une préparation de noix de cajou mixées, de ciboulette et d’ail.
Enfin, la sauce associe du sirop d’érable et du cacao amer. Ce contraste entre douceur sucrée et amertume profonde complète les saveurs fumées issues du feu de bois. L’ensemble compose un burger volontairement inattendu, mais construit autour d’une même idée : trouver du goût avec des ressources simples et brutes.
Cette cohérence a permis au cuisinier de se distinguer dès sa première participation. Mais un concept aussi affirmé exige surtout une exécution rigoureuse.
Comment les éléments du Black-out s’assemblent autour de la cuisson au feu
Le Black-out repose sur une succession de préparations courtes, dont chacune joue un rôle. La cuisson au feu de bois ne sert pas seulement à respecter le thème du concours. Elle apporte une chaleur directe et des notes fumées qui relient la viande, les champignons et la sauce.
Voici la composition connue de ce burger imaginé par Jérémie Cordon :
- Un steak haché mariné à l’ail des ours.
- Une galette de haricots noirs et de trompettes-de-la-mort.
- Des orties pilées en guise de salade.
- Une préparation façon fromage à base de noix de cajou mixées, de ciboulette et d’ail.
- Une sauce au sirop d’érable et au cacao amer.
- Une cuisson réalisée au feu de bois, sans aucune énergie.
- Préparer la marinade. Le steak haché est assaisonné avec l’ail des ours afin que ses arômes imprègnent la viande avant le passage sur le feu.
- Former la galette végétale. Les haricots noirs servent de base. Les trompettes-de-la-mort ajoutent leur caractère forestier et leur couleur très sombre.
- Piler les orties. Elles remplacent la feuille de salade habituelle et introduisent une touche végétale plus sauvage.
- Mixer les noix de cajou. La ciboulette et l’ail transforment cette base en une crème salée qui tient le rôle du fromage.
- Assembler la sauce. Le sirop d’érable apporte une rondeur immédiate. Le cacao amer évite une sensation trop sucrée et accentue l’univers du Black-out.
- Cuire au feu de bois. La viande et le reste de l’assemblage profitent de la chaleur du brasier. Le contrôle des flammes est essentiel pour obtenir une cuisson régulière sans brûler les ingrédients.
Un tel burger ne cherche donc pas seulement l’effet visuel. Il associe une viande aromatique, une galette dense, une crème de cajou et une sauce au profil amer-sucré. Cette construction explique sa place dans le classement régional.
Un résultat dans le top 15 du Sud-Ouest et le top 100 national
Pour l’édition 2026 de la Coupe de France du burger by Socopa, Jérémie Cordon a terminé 15e de la grande région Sud-Ouest. Il se situe à cinq places de Benoit Kaldonski, classé dixième dans cette zone avec le C6 du restaurant Le QG à Niort.
Cette 15e position donne au Black-out une place dans le top 100 national. Pour un premier concours, le résultat est notable. Le trentenaire se présente comme « assez compétiteur » et affiche déjà son objectif : tenter de décrocher une qualification pour la finale parisienne en 2027.
Sa réaction résume cet état d’esprit : « Vivement l’année prochaine ! » Le concours semble ainsi devenir un rendez-vous à suivre pour ce professionnel installé dans les Deux-Sèvres.
Jérémie Cordon est natif de La Rochelle, en Charente-Maritime. Son food-truck JCooking est basé à Usseau. Il est récemment passé par Saint-Hilaire-la-Palud à l’occasion des 24 Heures de la barque, un événement qui inscrit aussi son activité dans le paysage local.
Le classement compte, mais il ne raconte pas tout. L’activité de JCooking s’appuie également sur une reconnaissance artisanale et sur une présence régulière dans plusieurs communes du territoire.
JCooking, un food-truck déjà reconnu par les Artisans gourmands
Depuis le début de l’année 2026, JCooking affiche le label Artisans gourmands des Deux-Sèvres. Cette distinction a été remise par la Chambre de métiers et de l’artisanat, avec les organisations professionnelles des métiers de bouche.
Le food-truck développe aussi une activité de traiteur, confiée à Marie, l’épouse de Jérémie Cordon. Cette complémentarité permet d’inscrire l’entreprise dans des formats différents, entre restauration mobile et prestations traiteur.
Les habitués peuvent retrouver JCooking du lundi au vendredi dans plusieurs lieux :
- À Saint-Hilaire-la-Palud.
- Sur le parking de l’enseigne Leroy Merlin à Niort.
- Au Vanneau-Irleau.
- À Vallans.
- À Mauzé-sur-le-Mignon.
Cette implantation itinérante correspond bien à l’esprit du Black-out : une cuisine mobile, adaptable et fondée sur des produits travaillés avec personnalité. Mais les recettes à base de plantes et de champignons demandent une vigilance particulière.
Ce qu’il faut savoir avant de s’inspirer de cette cuisine sauvage
Les ingrédients du Black-out ne sont pas de simples décorations. L’ail des ours, les orties et les trompettes-de-la-mort exigent une identification sûre et une préparation adaptée. Il ne faut jamais cueillir ni consommer une plante ou un champignon en cas de doute.
La cuisson au feu de bois demande également de la précision. Une flamme trop vive noircit rapidement les aliments, tandis qu’un brasier stable offre une chaleur plus régulière. Dans le cadre du concours, l’absence d’énergie était une contrainte créative. Elle ne dispense pas des règles habituelles d’hygiène et de cuisson de la viande.
Le Black-out montre surtout qu’un burger peut raconter une histoire forte sans multiplier les artifices. En 2027, Jérémie Cordon visera la finale parisienne avec cette envie de compétition déjà bien affirmée.



