La tension monte au Moyen-Orient. Avec la fermeture presque totale du détroit d’Ormuz et un trafic aérien fortement perturbé, les pays du Golfe doivent revoir en urgence leurs routes d’approvisionnement. Pour éviter une flambée durable des prix alimentaires, ils misent désormais sur des convois routiers massifs. Une stratégie qui montre déjà ses limites, mais qui reste, pour l’instant, l’un des rares leviers disponibles.
Un détroit d’Ormuz quasi fermé et des ports paralysés
Depuis l’offensive israélo‑américaine du 28 février contre l’Iran, les routes commerciales habituelles sont bouleversées. Le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour l’entrée des marchandises dans le Golfe, est aujourd’hui quasiment fermé. Résultat : les ports des Émirats arabes unis, du Qatar, du Koweït et de Bahreïn ont suspendu ou réduit fortement leurs activités.
D’après l’économiste Frédéric Schneider du Middle East Council on Global Affairs, même le transport aérien est fortement ralenti en raison des attaques quotidiennes de drones et de missiles iraniens. Les grandes portes d’entrée du Golfe – Jebel Ali à Dubaï, le port d’Abou Dhabi ou encore Dammam en Arabie saoudite – sont presque inaccessibles.
Des navires déroutés vers Oman et le sud des Émirats
Face au blocage de la côte orientale, les cargaisons se tournent désormais vers les ports situés au sud du détroit, notamment à Oman. Mais cette solution n’absorbe pas l’ensemble du trafic, ce qui entraîne des retards et des hausses de coûts qui se répercutent déjà sur les consommateurs.
À Bahreïn, par exemple, les rayons restent remplis, mais les prix grimpent. La viande a presque doublé, et plusieurs produits alimentaires enregistrent une hausse notable.
Convois routiers massifs : l’Arabie saoudite en position de pivot
Avec un espace aérien toujours ouvert et l’accès direct à la mer Rouge, l’Arabie saoudite s’impose comme un carrefour logistique central. Le royaume a lancé une initiative visant à renforcer ses réseaux de transport pour accueillir les cargaisons détournées de ses ports du Golfe.
À la frontière avec le Qatar, des journalistes ont observé un flot continu de poids lourds. Ces camions transportent désormais une partie des marchandises autrefois acheminées par mer ou par avion.
Des routes alternatives saturées et des produits frais très vulnérables
D’autres axes terrestres existent, notamment via la Syrie ou la Jordanie, mais ces itinéraires sont coûteux, saturés et insuffisants pour compenser la paralysie du trafic maritime. Les produits frais importés d’Asie, impossibles à stocker longtemps, sont les premiers à manquer.
Des pays inégaux face à la crise
Les États du Golfe ne sont pas tous armés de la même manière :
- Arabie saoudite : dispose d’un accès direct à la mer Rouge.
- Émirats arabes unis : possèdent entre quatre et six mois de stocks.
- Qatar : a renforcé ses réserves stratégiques depuis le blocus de 2017.
- Bahreïn et Koweït : déjà touchés par la hausse des prix.
Au Koweït, après une ruée sur les supermarchés, les autorités ont gelé certains tarifs et soutiennent les importations de viande. Malgré ces mesures, le pays enregistre une hausse de plus de 30 % pour la viande et le poisson. Les importations en provenance de l’Iran, de l’Inde et du Pakistan sont interrompues.
Le secteur privé tente de stabiliser les rayons
La chaîne Lulu, qui compte 280 supermarchés dans la région, affirme maintenir quatre à six mois de stocks pour les produits non périssables. Pour les produits frais, elle a affrété des vols spéciaux.
Au total, 37 vols ont permis d’importer 6 000 tonnes de fruits, légumes, viandes, produits de la mer et volailles. Ces surcoûts ne sont pas répercutés sur les consommateurs pour l’instant, assure le groupe.
Une équation de plus en plus difficile à tenir
D’après Frédéric Schneider, les prix restent « sous contrôle » pour le moment. Mais si le conflit se prolonge, le risque d’une flambée des prix alimentaires devient sérieux. Les États tentent de gagner du temps, mais les routes terrestres ne pourront compenser indéfiniment la fermeture du détroit d’Ormuz.
Reste à savoir si ces solutions d’urgence suffiront à protéger durablement les consommateurs. Dans une région dépendante des importations, chaque jour de blocage pèse un peu plus sur le panier de la ménagère.




