Survivalisme en France : bunkers, nourriture lyophilisée… le marché connaît-il vraiment un essor ?

Le survivalisme revient régulièrement dans l’actualité. À chaque crise, le sujet ressurgit et crée un mélange de curiosité et d’inquiétude. Mais derrière les images de bunkers ou de réserves alimentaires, la réalité en France est bien plus nuancée. Le marché connaît-il vraiment un essor ou parle-t-on simplement davantage du sujet ?

Un intérêt qui augmente, mais des bunkers encore très rares

Les conflits ou catastrophes relancent souvent les discussions autour du survivalisme. Récemment, un gérant d’entreprise spécialisée dans les bunkers expliquait avoir noté une explosion des demandes de devis avec la guerre au Moyen-Orient. Pourtant, ces demandes se traduisent rarement par des achats.

En France, on estime qu’il existe moins de 1 000 abris antiatomiques. Parmi eux, seulement 400 appartiennent à des particuliers. Le reste correspond à des installations militaires. Malgré l’image véhiculée, l’équipement extrême reste donc marginal.

Un terme qui recouvre des pratiques très diverses

Selon le sociologue Bertrand Vidal, le survivalisme désigne d’abord une manière de se préparer à un futur incertain. Acheter une batterie de secours pour anticiper une coupure après un événement climatique peut déjà relever de cette logique.

Progressivement, la définition s’est élargie. On distingue aujourd’hui plusieurs profils :

  • Les adeptes de bushcraft, qui apprennent à vivre dans les bois avec un matériel très simple.
  • Les randonneurs en autonomie, qui partent plusieurs jours avec un équipement compact.
  • Les preppers, qui se préparent à des crises majeures avec abris, rations et moyens de production autonome.
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Cette diversité rend toute estimation difficile. On parle parfois de 100 000 à 150 000 survivalistes en France, mais ces chiffres proviennent surtout du comptage d’inscrits sur des groupes en ligne. Dans un groupe comme Survivalisme Francophone, qui compte 10 000 membres, les discussions apocalyptiques sont loin d’être la norme.

Des motivations et des équipements très différents

Les magasins spécialisés observent la même tendance. Chez Au Vieux Campeur, certains clients disent vouloir « faire du survivalisme ». Mais derrière ce mot, les besoins varient énormément.

Le bushcrafter choisit un équipement rudimentaire : un couteau, une boussole, pas de GPS. Le randonneur en autonomie, lui, recherche des produits plus techniques : montre connectée, chaussures haut de gamme, repas lyophilisés ou matériel ultraléger.

Malgré leurs différences, tous partagent un point commun : l’idée que la préparation passe par le matériel. Du réchaud du bushcrafter au kit d’urgence du prepper, chaque pratique repose sur des outils concrets.

Un marché porté par l’essor de la randonnée autonome

Depuis le Covid, de plus en plus de citadins partent seuls pour des week-ends en autonomie. Cette évolution dynamise tout un secteur : vêtements techniques, couteaux innovants et surtout nourriture lyophilisée.

Ce marché connaît une croissance rapide. Le cabinet Imarc estime qu’il atteindra 3,1 milliards de dollars en 2025 et 5,6 milliards en 2034. De nombreuses marques se lancent : Voyager, Adventure Food, Real Turmat. Même de grands acteurs français comme Charal ou Decathlon s’y engagent.

Le prix reste élevé. Un plat Real Turmat coûte environ 10 euros pour 520 grammes réhydratés. Voyager se positionne légèrement en dessous. Pour les distributeurs, les marges sont importantes, car la lyophilisation reste une technique industrielle maîtrisée.

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Les stages de survie, un autre signe de démocratisation

Les séjours « survie » connaissent aussi un succès croissant. Denis Tribaudeau, pionnier en France, organisait une dizaine de stages au milieu des années 2000. Aujourd’hui, son équipe compte 15 personnes et propose 130 séjours par an.

L’apparition de l’émission « Seul face à la nature » en 2008 a renforcé l’intérêt. Mais la progression reste continue, plus que spectaculaire. La pratique s’est surtout institutionnalisée. Decathlon a même créé des contenus dédiés au bushcraft et propose des séjours via Decathlon Travel.

Un engouement réel, mais une réalité mesurée

Le survivalisme en France ne correspond pas à un mouvement massif vers les bunkers. Il s’agit plutôt d’une évolution des pratiques de plein air et d’un élargissement du sens donné à ce mot. L’industrie, elle, profite de cette tendance. Que ce soit par des innovations techniques, une multiplication des marques ou la croissance des stages, la dynamique est bien là.

Mais pour parler d’un essor spectaculaire, il faut rester prudent. La France compte peu de preppers au sens strict. En revanche, elle compte de plus en plus de personnes qui souhaitent être prêtes, autonomes et équipées. Une autre forme de préparation, moins radicale mais bien plus répandue.

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Léa Merlat
Léa Merlat

Léa Merlat est rédactrice culinaire installée en Vendée depuis 2014. Après plusieurs années passées aux côtés de producteurs locaux et de mareyeurs du littoral atlantique, elle se consacre à la cuisine de saison avec des produits accessibles. Formée à la conserverie artisanale et passionnée par les recettes du terroir vendéen, elle teste chaque recette au moins deux fois avant de la publier. Elle écrit aussi sur le jardinage potager, les astuces maison et l'alimentation au quotidien. Son objectif : proposer des contenus pratiques et fiables, pour que chacun puisse cuisiner simplement avec ce qu'il a sous la main.