« Je veux faire découvrir une cuisine que les gens ne connaissent pas vraiment » : cette restauratrice vietnamienne régale le Gard avec des saveurs authentiques

Une vapeur discrète, une odeur d’herbes fraîches, une cuisine qui raconte un pays entier. À Bagnols‑sur‑Cèze, une petite enseigne en bois fait voyager chaque soir sans prendre l’avion. Beaucoup passent devant, s’arrêtent, goûtent… et reviennent. Et très vite, une question se pose : comment cette restauratrice vietnamienne réussit-elle à recréer des saveurs aussi authentiques dans le Gard ?

La réponse existe, mais elle mérite d’être racontée.

Pourquoi l’authenticité culinaire attire autant

Les cuisines du monde ont le vent en poupe, mais toutes ne parviennent pas à transmettre une véritable identité. Dans le Gard rhodanien, de nombreux habitants cherchent une expérience culinaire qui sort du quotidien, loin des plats standardisés. C’est dans ce contexte que le kiosque de Yum attire les regards. Installé sur le parking Pierre‑Boulot, ce petit local en bois sombre diffuse des parfums de coriandre, de pousses de bambou et de légumes sautés.

Depuis 2022, Yum accueille une clientèle fidèle. Fait notable, très peu de ses clients sont vietnamiens, mais cela n’empêche personne d’apprécier ses recettes. La gourmandise dépasse les frontières, surtout lorsqu’elle offre un voyage sensoriel immédiat. Les habitants de Bagnols‑sur‑Cèze viennent pour les plats, mais aussi pour l’histoire et la chaleur humaine qu’elle partage.

Avant d’ouvrir son kiosque, Yum n’avait pourtant aucune expérience en restauration. Au Vietnam, elle dirigeait une agence de voyages et possédait un master en géographie et tourisme. À son arrivée en France en 2017, elle s’oriente vers la cuisine pour retrouver ce qu’elle aimait dans le tourisme : l’échange, la conversation et la découverte. Un choix qui donne un sens particulier à son parcours et explique pourquoi ses plats respirent autant d’authenticité.

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Mais comprendre l’importance de cette démarche demande d’aller plus loin…

Un lien fort avec le Vietnam, révélé à travers un plat

Yum retourne régulièrement dans son village natal de Fuyin — devenu Daklak après la fusion des provinces — situé à 500 kilomètres au sud de Saïgon. C’est un petit village de pêcheurs, imprégné d’une culture culinaire riche. Chaque retour est l’occasion de renouer avec les traditions, de revoir sa mère et de s’inspirer des recettes locales.

Ce lien affectif se retrouve dans sa carte. Les Ban Bao, brioches vapeur moelleuses, sont garnis de poulet, de pousses de soja et d’oignon. Les bo buns associent vermicelles de riz, crudités, viande savoureuse et herbes fraîches pour obtenir ce contraste typique de la cuisine vietnamienne. Pour elle, la gastronomie de son pays est équilibrée, variée, légère mais gourmande, avec des différences marquées entre le nord et le sud du Vietnam.

Cette recherche d’authenticité ne s’arrête pas aux plats vietnamiens. Yum propose aussi des spécialités asiatiques plus larges : nems au porc, au poulet ou aux légumes, poulet frit japonais, et surtout les célèbres ramens. Pour ces derniers, elle a suivi une formation d’un mois auprès d’un restaurateur japonais qui tient aujourd’hui un établissement réputé à Nîmes. Une précision essentielle qui garantit un résultat fidèle aux traditions culinaires du Japon.

Mais l’ambition de Yum ne se limite pas à reproduire des recettes. Elle veut maîtriser chaque étape, même les plus techniques…

Comment elle donne vie à ses plats au quotidien

La préparation commence tôt. Dès 8 heures, Yum s’active derrière ses fourneaux. Chaque matin, elle prépare des bouillons, façonne des dizaines de nems et assemble les bases de ses repas. Son compagnon le confirme : c’est un travail très long, minutieux et répétitif, mais nécessaire pour obtenir la qualité qu’elle souhaite.

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Pour fabriquer ses ramens, elle prépare elle-même ses nouilles. Elle utilise la machine d’un contact basé à Nîmes, une étape rare dans les restaurants asiatiques de la région. Cela lui permet d’adapter la texture et l’élasticité des nouilles selon les standards japonais traditionnels, ce qui renforce encore l’authenticité de ses plats.

Pour ses ingrédients asiatiques comme les sauces soja, les bases saké ou d’autres produits difficiles à trouver, elle se fournit dans une alimentation spécialisée du côté de Nîmes. Elle explique qu’il n’existe pas vraiment d’industrie asiatique locale, ce qui complique l’approvisionnement. Pourtant, elle continue de privilégier des produits adaptés, car c’est pour elle la seule façon de respecter les recettes d’origine.

Une fois les préparations terminées, elle rejoint son kiosque en fin d’après‑midi pour le service du soir. C’est le moment où les efforts accumulés prennent forme. Les cuissons, les parfums et les gestes précis donnent vie à des plats qui transportent les clients le temps d’un dîner. Mais son engagement ne s’arrête pas là…

Variantes, inspirations et richesse des saveurs asiatiques

Le menu de Yum témoigne d’une vraie maîtrise des influences asiatiques. Ses nems sont déclinés en trois versions pour satisfaire les préférences de chacun : porc, poulet ou légumes. Cette diversité correspond à une pratique courante au Vietnam, où les recettes varient selon les régions, les familles ou la disponibilité des produits.

Le poulet frit à la japonaise, souvent appelé karaage, fait partie des plats asiatiques les plus appréciés en France. Sa préparation demande une marinade spécifique et une friture maîtrisée pour obtenir une texture croustillante avec une chair juteuse. Proposer un tel plat dans le Gard rhodanien montre l’étendue de son savoir‑faire.

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Ses ramens sont également travaillés de manière approfondie. Bouillon longuement mijoté, nouilles fraîches, garnitures variées : ce plat demande plusieurs heures de préparation. En cuisine, un bon ramen repose sur l’équilibre entre umami du bouillon, texture des pâtes et associations des toppings, comme les œufs marinés ou les légumes croquants.

À travers toutes ces propositions, Yum met en avant une vision large de la gastronomie asiatique tout en conservant ses racines vietnamiennes. C’est cette fusion maîtrisée qui séduit les clients. Mais certaines idées reçues persistent chez ceux qui découvrent cette cuisine…

Idées reçues et erreurs fréquentes à éviter

Beaucoup pensent que la cuisine vietnamienne est systématiquement épicée, mais ce n’est pas le cas. Les plats de Yum jouent davantage sur l’équilibre entre douceur, fraîcheur et contraste. Les herbes comme la coriandre et la menthe dominent, plus que les piments.

Une autre idée reçue concerne les bouillons. Certains imaginent qu’un bouillon se prépare en une heure, alors qu’il demande souvent plusieurs heures de cuisson pour concentrer ses saveurs. Dans son kiosque, Yum commence ce travail dès le matin.

Enfin, certains clients s’attendent à des plats très gras, influencés par la cuisine asiatique industrialisée. Mais la cuisine vietnamienne est une cuisine légère, centrée sur les légumes, les herbes et les cuissons vapeur ou sautées.

Ces précisions permettent d’apprécier davantage le travail fourni et la singularité de ses recettes.

L’essence d’un voyage culinaire accessible à tous

Chaque assiette servie par Yum transporte un fragment du Vietnam au cœur du Gard. Son parcours, son attachement à ses origines et son exigence dans chaque détail donnent à sa cuisine une profondeur rare. Le plus étonnant, c’est que son kiosque ne se contente pas de nourrir. Il raconte, il partage, il relie.

La prochaine fois que vous passerez près du parking Pierre‑Boulot, laissez-vous guider par les parfums. Une découverte authentique vous y attend, tout simplement.

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Léa Merlat
Léa Merlat

Léa Merlat est rédactrice culinaire installée en Vendée depuis 2014. Après plusieurs années passées aux côtés de producteurs locaux et de mareyeurs du littoral atlantique, elle se consacre à la cuisine de saison avec des produits accessibles. Formée à la conserverie artisanale et passionnée par les recettes du terroir vendéen, elle teste chaque recette au moins deux fois avant de la publier. Elle écrit aussi sur le jardinage potager, les astuces maison et l'alimentation au quotidien. Son objectif : proposer des contenus pratiques et fiables, pour que chacun puisse cuisiner simplement avec ce qu'il a sous la main.